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Université Toulouse - Jean Jaurès


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Focus sur un projet de recherche

Au cœur de la plateforme CRISO, le projet DAPPA intègre la culture dans le projet de soins et de vie des patients âgés fragiles

© Fanny Tuchowski

© Fanny Tuchowski

Depuis 2009, la plateforme de recherche et de valorisation CRISO (CRéation et Innovation Sociétale) place les disciplines de la création au cœur d’une dynamique de recherche et d’innovation originale. Portée par le laboratoire LLA-CREATIS, équipe spécialiste des Arts, la plateforme réunit trois familles d’acteurs sociaux « à forte propension créative » : les chercheurs, les artistes, les acteurs socio-économiques.
Chacune de ces familles maîtrise des concepts, développe des méthodologies, adopte des points de vue, façonne des regards,… Et la rencontre de ces créativités constitue un atout pour construire des programmes de recherche ambitieux, en lien étroit avec des problématiques sociétales.
Afin de structurer ces champs d’action, la plateforme CRISO a mis en place différents pôles thématiques. Un pôle « Arts et Santé » s’est ainsi constitué autour de plusieurs programmes de recherche, avec différents partenaires (AG2R La Mondiale, CHU de Toulouse, etc.)

Coup d’œil sur un projet en particulier, le projet DAPPA :
Rencontre avec Fanny Tuchowski, doctorante en 4ème année au laboratoire LLA CREATIS et coordinatrice du projet.

- Pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre thématique de recherche ?
Mon parcours est orienté vers les Arts. J’ai fait les Beaux-Arts, une Licence et un Master en Arts Plastiques ainsi qu’une bi-Licence Histoire de l’Art/Archéologie. Durant le Master Arts Plastiques, j’ai travaillé autour des thématiques de la trace, du récit ou encore l’héritage traumatique, avec des personnes liées à l’exil et à l’immigration. Une occasion en tant que plasticienne de réfléchir sur la place de l’artiste comme tiers dans le processus de création et la mise en forme plastique du récit de vie. Ces deux axes se retrouvent d’ailleurs dans la recherche DAPPA.
Spectacle © Fanny Tuchowski
- Qu’est-ce que le projet DAPPA et quels en sont les objectifs ?
Le projet DAPPA a pour vocation d’étudier différents dispositifs artistiques dispensés par des artistes professionnels, à destination d’un public diagnostiqué comme fragile par l’Hôpital de Jour des Fragilités à La Grave (Toulouse). Il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’art thérapie, les activités (danse contemporaine, musique, théâtre) n’ont pas de vocation thérapeutique, c’est-à-dire que l’atelier n’est pas pensé dans une visée de rétablissement, de réparation ou encore de guérison. Dans ces dispositifs, l’art est un espace privilégié d’expérimentations sensibles et de développement personnel.

- Innovant, le projet réunit différents partenaires, pouvez-vous nous en dire davantage ?
Effectivement c’est un projet ambitieux, au croisement de disciplines de recherche mais aussi de partenaires. Les ateliers entrent dans le cadre des appels Culture & Santé, pilotés par la Drac (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et par l’ARS (Agence Régionale de la Santé). Ces projets sont montés et proposés par l’Hôpital de Jour (CHU/Gérontopôle de Toulouse), en partenariat avec des acteurs culturels locaux et régionaux : CDC, Théâtre Garonne, Toulouse les Orgues, Cie. Incorporel, etc. Ma thèse est financée par la Région Occitanie et l’Université fédérale de Toulouse et elle a également bénéficié d’un soutien financier du CHU. Enfin, mes travaux prennent deux colorations puisque j’ai deux directions : l’une en médecine et l’autre en art !

Exercice © Fanny Tuchowski- Un point maintenant sur la démarche et la méthodologie mise en œuvre
Dans un premier temps, j’ai observé les ateliers déjà mis en place. Il s’agissait de comprendre les dynamiques en jeu mais aussi de récolter les expériences des participants et des artistes. La confiance qui m’a été accordée par les participants est liée à ma présence sur le long terme. C’est grâce à cette intimité que j’ai pu récolter les informations clefs pour la modélisation. Durant ma 3ème année, j’ai mis en place l’atelier de Théâtre, en partenariat avec le Théâtre Garonne, ainsi qu’un atelier de danse relais pour les personnes sortant du dispositif médical avec la Cie. Incorporel. Les deux ateliers étaient dispensés au sein du centre culturel Bellegarde afin de renforcer la dimension tremplin des ateliers (ouverture sur la programmation culturelle, la ville, etc.). L’atelier de danse relais était essentiel : il a permis aux participants sortant du dispositif de l’hôpital d’accéder à un atelier adapté et j’ai pu expérimenter différents outils dans une visée de modélisation.

- Parlons plus en détail de l’atelier modélisé
L’atelier modélisé de danse est, selon moi, l’exemple le plus abouti. Il fait suite à 3 années d’observation de terrain et un an d’expérimentation avec l’atelier relais. D’une part, il est installé dans un environnement culturel de la ville, ce qui est un point vraiment positif. Les participants prennent plaisir à couper avec leur quotidien. D’autre part, la collaboration avec la danseuse Sabine Bouchet est extrêmement intéressante. Elle a su prendre en considération les observations de terrain tout en gardant une dynamique de création.

Portrait Sabine Bouchet, professeur de danse, chorégraphe pour la Cie. Incorporel© Fanny Tuchowski- Quels sont les résultats et les retombées sociétales obtenues ?
On peut dire que les intérêts médicaux (renforcement musculaire, psychomotricité, cognition, équilibre, etc.) sont présents dans tous les dispositifs étudiés. Ces apprentissages sont de plus en plus démontrés par des études longitudinales notamment au Canada, en Angleterre ou encore aux Etats-Unis. La richesse de l’étude DAPPA est d’avoir pu étudier différents dispositifs avec des effectifs réduits (15 participants maximum par atelier) au travers d’une recherche qualitative. C’est grâce à ce contexte privilégié que j’ai pu avoir des entretiens réguliers et individuels. Avec des cohortes plus importantes, cela aurait été plus difficile.
Nous avons pu approfondir notre compréhension des expériences vécues par les personnes, en pointant notamment l’importance pour les participants de reconnecter avec les notions de plaisir, de joie et de créativité. D’ailleurs, l’assiduité des participants avec cette étude démontre leur adhésion à un projet de co-recherche du savoir.
Trois ans après, les participants font toujours preuve de disponibilité et d’enthousiasme pour mes questions !
L’étude DAPPA souhaite favoriser une meilleure compréhension de ce type d’ateliers afin d’encourager les collectivités territoriales mais aussi l’Etat, à soutenir ces projets. Ces participants sont souvent fragilisés physiquement et quelquefois moralement. L’évasion que la création procure, les relations sociales ou encore le plaisir de se découvrir créatif, permettent d’envisager autrement le quotidien et d’aborder différemment les évènements. Beaucoup se rattachent aux ateliers comme un temps de respiration dans la semaine, une parenthèse de bien-être. Je pense tout particulièrement à Jean-Pierre, qui me disait lors d’un entretien : « J’attends chaque semaine avec impatience l’atelier de danse, c’est devenu essentiel pour moi. Maintenant la période des vacances me parait interminable, j’ai tellement hâte ! ».
Je trouve que ça illustre parfaitement l’intérêt de ces dispositifs : ce sont de magnifiques tremplins pour reconnecter les participants au plaisir de vivre. Je crois que la prévention de la dépendance passe notamment par là.


Un bel exemple de collaboration, à haute portée sociétale.


Crédits photo : Fanny Tuchowski


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