[ A feuilleter ] Coup d'oeil sur différents ouvrages de chercheurs, éclairage sur la situation actuelle et sur bien d'autres sujets...

Publié le 12 mai 2020 Mis à jour le 30 juin 2020
du 6 juin 2020 au 31 août 2020
LISST / PUM
Étudier les ruralités contemporaines

Michaël POUZENC, Bernard CHARLERY DE LA MASSELIÈRE (dir.)
Avec la collaboration de Fabienne Cavaillé
2020 : Presses Universitaires du Midi, 426 p., ISBN 978-2-8107-0683-9, prix 30.00 €

Du repeuplement des campagnes à l’économie résidentielle, de la recomposition de la société villageoise à la transition mobilitaire, de la culture au village au marketing territorial ou du local au global, les mutations de la ruralité sont considérables. Elles appellent un profond renouvellement des catégories qui permettent d’en rendre compte. Cinquante auteurs réunis ici y apportent leur contribution, par leurs réflexions sur les usages, les ressources et les gouvernances des territoires ruraux.

Ces réflexions sont rassemblées autour de cinq invitations pour redéfinir le rural et les ruralités, actualiser les méthodes, croiser l’usage des lieux et la mobilité, intégrer la diversité des activités productives, réévaluer les enjeux fonciers. Mieux étudier les ruralités permet alors de mieux comprendre les configurations inédites par lesquelles les acteurs répondent aux défis de la globalisation, de la solidarité, de la transmission entre les générations, de la sécurité alimentaire, du changement climatique et de la réorganisation des territoires.

LERASS / PUM
Des patrimoines en action - Mise en mémoire des activités scientifiques (1880-2016)
Muriel LEFEBVRE, Anne-Claire JOLIVET (dir.)
2020 : Presses Universitaires du Midi, 302 p., ISBN 978-2-8107-0669-3, prix 24.00 €

En ce début de XXIe siècle, tout objet, tout lieu, tout concept ou idée semble susceptible de devenir un jour patrimoine. Au-delà de l’entrée traditionnelle par l’expertise professionnelle et scientifique de la protection des monuments historiques et du ministère de la Culture, l’entrée en patrimoine est possible par de multiples portes. En effet, les processus qui tendent à désigner un objet matériel ou immatériel comme patrimonial se complexifient, à la fois du point de vue des valeurs qui lui sont attribuées et des acteurs impliqués.
Cet ouvrage pose un regard nouveau sur les processus contemporains de construction d’un patrimoine à l’œuvre à l’université. Ce mode de production et de transmission des savoirs n’échappe pas aux changements de paradigme évoqués précédemment. Le passé des activités scientifiques fait régulièrement l’objet de pratiques mémorielles, menées aussi bien par des chercheurs que par les hommes politiques ou encore par les médias. Mais quel est le sens de ces commémorations, de ces productions historiographiques, de ces procédés muséographiques, de ces stratégies de communication, etc. ? Tendent-ils à instituer une partie des sciences en patrimoine ? À partir du cas de l’université de Toulouse, les études présentées ici donnent à voir la multiplicité des processus engagés pour attribuer une valeur mémorielle et patrimoniale à une figure, à un lieu ou à un instrument scientifique.

CERTOP
La régulation sociale du risque émotionnel au travail
Thomas Bonnet
2020 : Octarès, 226 p., ISBN 978366301007, prix 25,50 €

Cet ouvrage propose au lecteur un voyage à travers trois milieux professionnels où d’importantes émotions négatives sont présentes. Le travail de policiers, d’agents funéraires et de soignants est exposé à travers le prisme particulier des émotions au travail. Dans ces métiers, les émotions sont constitutives du travail relationnel au cœur de la relation de service.

L’activité de travail est souvent éprouvante pour les professionnels, car ils sont confrontés quotidiennement à un public éprouvé. Les émotions qui en résultent peuvent affecter leur bien-être et la réalisation même du travail. L’ouvrage propose d’appeler cela un risque émotionnel. Pour autant, cet aspect du travail est d’emblée ambivalent, car le facteur émotionnel peut être aussi bien un levier au bon déroulement du travail, qu’un risque à l’accomplissement du service. En s’appuyant sur neuf mois d’immersion à temps plein, l’auteur instruit cette problématique. Mais si le livre consiste à présenter le risque émotionnel, il tente aussi d’apporter des éléments de réponse quant à la façon dont les collectifs de travail élaborent des moyens pour se préserver de ce risque. Ce faisant, c’est aussi une réflexion sur ce qu’est un collectif de travail que propose cette recherche. In fine, cette étude aboutit à avancer une proposition encore plus générale quant à la manière dont se fait le travail en collectif. Elle propose une analyse autour de la mise en règle collective du risque émotionnel.

Cet ouvrage s’adresse alors à plusieurs types de lecteurs. Il y a ceux qui ont de la curiosité pour les métiers retenus, mais aussi ceux qui s’intéressent à la question des émotions au travail et finalement ceux qui aiment la recherche, car au-delà des questions relatives à la problématique émotionnelle, le livre a une volonté de connaissance plus générale utilisant comme prétexte la notion de risque émotionnel.

Thomas Bonnet est docteur en sociologie. Il est chercheur associé au laboratoire CERTOP. Il effectue actuellement une recherche postdoctorale à l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Ses principaux axes de recherches concernent le travail, la santé au travail et leur lien avec les émotions.


GEODE / PUM
L’Afrique rurale des manuels scolaires de géographie : sortir de l’exotisme
David Bédouret
2020 : Presses Universitaires du Midi, 166 p., ISBN 978-2-8107-0652-5, prix 25 €

Depuis les années 1950, les manuels scolaires de géographie dépeignent les espaces ruraux d’Afrique sans se dégager des représentations exotico-coloniales. Cet imaginaire inscrit dans une mythologie coloniale s’articule autour de quatre objets géographiques : la nature, le village, la société et les espaces agricoles. La résistance d’un regard exotique semble liée au système « manuel », générateur de blocages et d’immobilisme, mais aussi à la structure des discours dans laquelle les images et les mots s’allient pour « exotiser » ces espaces.

Des enquêtes menées auprès d’élèves du primaire et du secondaire, en France et en lycée français d’Afrique, complétées par des entretiens d’enseignants confirment que les manuels participent activement au processus de construction des savoirs sur l’Afrique en classe. De fait, les représentations exotico-coloniales se diffusent. Ainsi, la géographie scolaire produit une culture structurée autour d’espaces métonymiques. Cette pratique attribue à chaque espace une fonction pédagogique et didactique, ce qui revient à mettre en place une idée pour un lieu. Si cette technique a des valeurs pédagogiques indéniables, elle va à l’encontre d’une éducation à l’altérité prônée par les instructions officielles, car elle favorise le maintien de l’exotisme dans les discours. Pourtant, le travail de terrain montre que cette fabrication d’imaginaire exotique est conscientisée par les acteurs et que les déformations sont constitutives de l’acte d’enseigner. Par conséquent, l’exotisation est un processus paradoxal car il est à la fois un héritage colonial et le témoin d’une mauvaise orchestration de la classe, mais il est aussi un outil didactique et pédagogique opérationnel pour une éducation à l’altérité.