Jean-Christophe Courtil (PLH) Lauréat de la chaire de médiation scientifique de l’IUF !

Publié le 20 juin 2022 Mis à jour le 20 juin 2022
du 20 juin 2022 au 2 septembre 2022

Félicitations ! Mais qui est Jean-Christophe Courtil ? Que cherche-t-il ? Quelle est cette nouvelle chaire IUF ? Rencontre avec le chercheur, pour comprendre les clefs de son succès !

Présentation de la chaire IUF

Présentation du chercheur

Découvrir le projet lauréat



La chaire de médiation scientifique de l’IUF

 

L’Institut Universitaire de France (IUF) accompagne durant 5 ans des chercheurs récompensés par un jury international pour l’excellence de leur projet de recherche. Jusqu’en 2021, cet accompagnement prenait la forme d’une nomination de membres juniors et seniors, dans tous les domaines de recherche.
 

En 2021, l’IUF prend acte des nouvelles pratiques de recherche et répartit ses membres selon trois types de chaires : fondamentale, d’innovation et de médiation scientifique. Cette répartition ne modifie pas la procédure de soumission de candidature : la nomination prend effet pour cinq ans, s’accompagne de crédits de recherche et de décharge d’heures d’enseignement pour rendre possible la conduite de ces projets d’excellence.
 

Jean-Christophe Courtil est le premier chercheur toulousain nommé membre junior de l’IUF au titre de la chaire de médiation scientifique, avec Eric Crubezy (UT3) nommé membre senior.
 

Jean-Christophe Courtil : des lettres classiques vers l’histoire des sciences et des techniques

 

Jean-Christophe Courtil confie avoir un parcours atypique, du fait d’une curiosité sans limites et d’un goût d’apprendre transcendant les catégories universitaires traditionnelles : en parallèle de ses études en Langues anciennes et en Philosophie, il a suivi plusieurs formations en histoire des sciences et des techniques. Passionné d’aviation, il a même obtenu en parallèle de ses études une Licence de Pilote Privé.

Spécialiste de Sénèque, sur lequel il a mené sa thèse « Sapientia contemptrix doloris : le corps souffrant dans l'œuvre philosophique de Sénèque » (soutenue en 2013, publiée en 2015 aux éditions Latomus), Jean-Christophe Courtil a depuis élargi son champ d’étude à un plus vaste corpus d’auteurs romains de traités médicaux, dont la plupart sont malheureusement tombés dans l’oubli : Celse, Scribonius, Marcellus, Caelius Aurelianus, Cassius Felix, pour n’en citer que quelques-uns.
 

« Lorsqu’on évoque la médecine antique, c’est le monde grec auquel on pense en premier. Hippocrate est une figure d’autorité, pour les antiques comme pour les modernes, explique le chercheur. Cela ne veut pas dire qu’il n’existait pas une médecine romaine, influencée bien sûr par cette médecine grecque plus ancienne, mais qui se distingue d’elle. Simplement, on ne la connaît pas : les auteurs romains de traités médicaux sont aujourd’hui d’illustres inconnus, et certains n’ont même jamais été publiés. Si l’on veut comprendre le passage de la médecine grecque à la médecine moderne, il ne faut pas oublier cette étape de la médecine romaine entre le Ier et le Ve siècle. Et c’est cela que j’étudie. »
 

Les travaux de Jean-Christophe Courtil sont exclusivement tournés vers l’étude de textes. L’originalité de sa démarche scientifique réside dans les liens qu’il crée entre ce savoir de philologue et l’histoire des idées qui le passionne. L’étude du texte, qui passe impérativement par la traduction et le commentaire de ces traités médicaux, nourrit cet intérêt pour l’histoire de la médecine.

Catégorique quant à la primauté du texte, le chercheur ouvre ses perspectives de recherche aux études romaines et d’histoire de la médecine internationales et a donc complété sa palette de compétences aux langues étrangères (anglais, italien, allemand).


Si son projet IUF se concentre sur un objet d’étude bien précis, celui de la médecine romaine, Jean-Christophe Courtil entend partir de ce domaine pour faire dialoguer de manière beaucoup plus large des disciplines telles que la philologie, l’histoire, la philosophie, la psychologie et même la psychiatrie.
 

Le projet IUF : pour une histoire antique de la sexologie

 

Le titre du projet de Jean-Christophe Courtil, « Aux origines romaines de la sexologie : science sexuelle et philosophie dans les traités médicaux latins », exprime déjà cette volonté d’interdisciplinarité qui est, selon lui, constitutive de sa recherche.
 

« Lire, traduire et commenter ces traités impose d’avoir en plus des compétences linguistiques, de bonnes connaissances en médecine, en biologie, en anatomie et en botanique pour en comprendre le sens, mais aussi de solides connaissances en philosophie pour saisir la portée du texte, explique le chercheur. Ma directrice de thèse, Mireille Armisen-Marchetti, disait que la recherche, c’est rendre simple des choses compliquées : j’ai toujours tâché de conserver cette perspective de travail. »
 

Son projet IUF se donne ainsi un double objectif : étudier les textes de médecine romaine traitant, totalement ou partiellement, de sexologie et rédigés entre le Ier et le Ve siècle d’une part, et rendre accessibles ces textes et ces savoirs aux spécialistes des différents domaines.

Pour ce faire, Jean-Christophe Courtil propose 3 axes de réflexion, qui sont autant des étapes de recherche que des modules de médiation scientifique.

C’est naturellement par l’étude des textes pour identifier les savoirs romains sur la sexualité que le chercheur débute son étude. Pour certains auteurs, Jean-Christophe Courtil prévoit un travail de première édition de leur texte, comme un premier moyen de rendre accessible ce savoir. Mais le chercheur a imaginé un deuxième moyen : la création d’une base de données en ligne, et consultable gratuitement, via un blog « Sexologie ancienne – sexologie moderne », construit sur le modèle du blog « Historien.ne.s de la santé », et conçu pour faire connaître l’ensemble des travaux sur la médecine romaine.
 

« La question à laquelle nous sommes le plus souvent confrontés, c’est le fameux « A quoi ça sert ? », explique le chercheur. J’ai l’habitude d’expliquer non seulement ce que je fais mais aussi pourquoi je le fais : c’est devenu très naturel d’inscrire ma recherche dans un contexte plus large, que les spécialistes des autres domaines peuvent saisir. Et c’est indispensable pour créer ce dialogue entre nous et faire vivre ce contexte que je leur présente. J’ai donc également cherché à faire vivre ce projet sur la sexologie ancienne. Et j’ai hâte de le faire vivre ! »
 

Le deuxième axe du projet concerne la « diététique sexuelle », c’est-à-dire la préoccupation romaine de la bonne santé sexuelle, des moyens pour la conserver et des remèdes aux problèmes rencontrés. Jean-Christophe Courtil portera donc son attention sur les interactions entre médecine et philosophie dans les textes de cette période. Il indique que ce sera l’occasion d’examiner l’évolution des différentes conceptions des comportements sexuels : ce qui est sain, ou non, ce qui est moral ou non, les remèdes qui fonctionnent ou non… pour identifier les points d’inflexion de la pensée et interroger ses facteurs.

Là encore, Jean-Christophe Courtil se soucie de faire connaître ses travaux et leur portée grâce à une série de podcasts sur le sujet :
 

« Dans nos représentations actuelles, la sexualité romaine antique est orgiaque, ou au mieux, très libre. C’est une idée reçue : les comportements sexuels apparaissent assez encadrés, par la morale et par l’hygiène, dès qu’on examine les textes. On croit aussi que c’est l’avènement de la chrétienté qui marque l’origine d’une négation de la sexualité : autre idée reçue. On trouve déjà dans les traités romains, et dans une perspective plus philosophique que religieuse, une sexualité niée au profit de la sagesse… L’imaginaire occidental formule une opposition artificielle, rapide et facile entre la sexualité païenne, synonyme de tous les excès, et la sexualité chrétienne, à la source de toutes les normes. Il me semble important de lutter contre ces représentations erronées par mon travail de recherche. »
 

Le dernier axe du projet, mais non des moindres, se concentre logiquement sur une approche comparatiste entre la sexologie antique et la sexologie moderne. L’idée de Jean-Christophe Courtil n’est pas de bousculer l’histoire de la médecine, mais bien de mettre en évidence la construction progressive de la notion de sexologie, bien avant la conceptualisation de cette science au XIXe siècle : dans les traités médicaux antiques, la notion de santé sexuelle apparaît déjà en germe. La notion moderne de sexologie n’est donc pas née de rien : c’est le fruit d’une lente maturation que le chercheur étudiera ces cinq prochaines années.
 

« Les notions de désir et de plaisir, pour l’homme comme pour la femme, sont déjà des préoccupations des Romains. Dans les traités médicaux, on trouve l’expression de ces angoisses de la performance pour satisfaire son ou sa conjointe, la peur de l’infidélité en l’absence d’un remède qui épanouirait le couple… C’est important dans notre compréhension de la société romaine, et la place attribuée à la femme en particulier. Elle n’est pas seulement une épouse soumise et réduite à ses organes reproducteurs : le clitoris préoccupe déjà les médecins de cette période. Et je trouve fascinant le fait que certaines idées, comme la conception de la virilité ou la valeur du plaisir féminin, soit communes à tous les êtres humains, qu’importe la période. »

 

Jean-Christophe Courtil a donc construit un projet d’étude de textes et de concepts compliqués, que le blog et les podcasts, en complément des ouvrages, des séminaires, des workshops, des journées d’études et des colloques qui animeront sa recherche, rendront simples : des actualités à suivre par tous les curieux !