Décès de Romain Gaignard

Publié le 17 février 2021 Mis à jour le 17 février 2021
le 17 février 2021
Romain Gaignard
Romain Gaignard

L'UT2J rend hommage à son ancien président (1996-2001).

Romain Gaignard (1936-2021)

Romain Gaignard, président honoraire de l’Université Toulouse - Jean Jaurès, a succombé à la Covid-19 le 14 février 2021 à Toulouse, quelques heures après son épouse Marité. Sa personnalité discrète cachait une grande générosité personnelle qui se révélait à travers des contacts chaleureux, empreints d’écoute et de bienveillance. Durant sa carrière d’enseignant-chercheur en géographie rurale et au gré des différents postes qu’il a occupés, de Toulouse à Paris, il a constamment œuvré à la création de structures universitaires, à la fois fédératives et pluridisciplinaires.

Il est d’abord un exemple éclatant de ce qu’on a pu appeler l’élitisme républicain. Né dans un milieu très modeste à Nice, il a vécu dans son enfance l’existence à la fois secrète et exaltante d’un enfant de résistants. Orienté par sa mère, il est élève-inspecteur aux PTT quand il s’inscrit à l’Université de Bordeaux où il décroche sans coup férir, à 22 ans, l’agrégation d’histoire. Les géographes Henri Enjalbert et Louis Papy le repèrent et l’incitent à préparer une thèse d’État. Sur invitation de Noël Salomon, spécialiste de littérature hispano-américaine, il part avec son épouse pour la Universidad nacional del Cuyo, à Mendoza, auprès de Mariano Zamorano. S’ouvre une période d’intenses activités universitaires et de travaux pour le gouvernement français, en Argentine donc, mais également dans l’ensemble des pays de l’Amérique latine (Paraguay, Uruguay, etc.).

Rentré en France, R. Gaignard arrive en 1969 à l’Université de Toulouse (création de l’Université Toulouse - Le Mirail en 1972) à l’appel de Bernard Kayser et de Bartolomé Bennassar qui souhaitent étoffer le latino-américanisme naissant, la Revue Caravelle ayant été créée en 1963. Claude Bataillon du CNRS les rejoint peu après. Enseignant au Département de géographie, spécialisé dans les études rurales, R. Gaignard est cependant appelé à la fin des années 1970 auprès d’Alain Savary, président du premier Conseil régional de Midi-Pyrénées, pour développer les relations internationales de la région. En 1979, il soutient sa thèse d’État sur la Pampa argentine (une référence encore aujourd’hui). Alain Savary, nommé ministre de l’Éducation nationale en 1981, lui confie la Direction de la Coopération et des Relations Internationales du Ministère ; il participera à la rédaction de la loi Savary de 1984 et à la réforme du doctorat. Il sera ensuite Haut fonctionnaire de défense, à la croisée de plusieurs Ministères. Il obtient la création par décret de l’IPEALT en 1985, année où il revient à Toulouse.

Vice-président délégué à la recherche dans les années 1990, auprès des présidents Georges Bertrand puis Georges Mailhos, il obtient les crédits indispensables pour construire la Maison de la Recherche (alors unique en France) où sont regroupés les laboratoires en sciences humaines et sociales. Toujours soucieux d’ouvrir l’université à la région, il favorise les implantations des campus de Figeac, Rodez, Montauban, Albi et Foix, qui soulagent la surcharge numérique de l’université de Toulouse - Le Mirail, tout en assurant son rayonnement et le rapprochement avec ses consœurs scientifique et juridico-économique de Rangueil et du Capitole.
Devenu président en 1996, il doit faire face au délabrement des bâtiments Candilis, évite une fermeture administrative en 2000 et obtient l’engagement formel d’une reconstruction que ses successeurs mèneront à bien. Gestionnaire hors pair, il arrive à restructurer l’ensemble des composantes, faisant tomber le nombre des UFR de 13 à 5. Il implante le Pôle européen, première esquisse d’une Université fédérale de Toulouse.

Tous ceux qui ont fréquenté Romain Gaignard ont loué ses qualités de travail au quotidien, sa créativité institutionnelle, son esprit visionnaire et son attachement à l’Amérique latine. Jusqu’à sa retraite en 2001, et même après, R. Gaignard n’a eu de cesse d’organiser le latino-américanisme toulousain et français, européen aussi (CEISAL), grâce au développement de structures fédératives de documentation (REDIAL, GIS Amérique latine, etc.) en appui des équipes de recherche (GRAL), des centres de documentation (CEDOCAL) et des instituts tels que l’IPEALT (aujourd’hui IPEAT). Son projet d’IdA - Institut des Amériques se concrétise en 2010, à l’échelle nationale.

Il a été promu en 2002 au grade de commandeur dans l’ordre national du mérite. Il est membre correspondant externe de l’Académie nationale de géographie d’Argentine et est Docteur Honoris Causa de la Universidad nacional del Sur, Bahía Blanca.

Romain Gaignard fut un grand président de notre université. Il ne sera pas oublié.