Emmanuelle Garnier devient présidente de la Commission des relations européennes et internationales (CORIE)

Publié le 16 février 2021 Mis à jour le 16 février 2021

La présidente de notre université accède ainsi à une fonction de premier ordre pour contribuer à la construction d’une politique internationale de l’ESRI français, qu’elle veut tout aussi stratégique que pragmatique. Rencontre.

Emmanuelle Garnier, présidente UT2J
Pourquoi avoir accepté de devenir présidente de la commission des relations internationales et européennes de la Conférence des président·e·s des universités ?

Après avoir participé pendant deux ans, en tant que membre, aux travaux de cette commission, j’ai souhaité présenter ma candidature et proposer ainsi un projet mêlant à la fois une approche de proximité, afin que la CORIE soit une interface de dialogue et de partage d’expérience entre les établissements, et une vision stratégique plus large, à l’articulation entre ministère de l’Enseignement supérieur et ministère des Affaires étrangères.
Si aujourd’hui les activités et les initiatives des universités sont foisonnantes à l’international, nous peinons collectivement à mettre sur pied un pilotage maîtrisé. C’est dans cette perspective que j’ai proposé que nous travaillions, entre autres, à la structuration et à la visibilisation de la carte française des partenariats internationaux formalisés, et que nous organisions notre réflexion selon les évolutions géopolitiques actuelles et à venir.

Justement, quels sont actuellement les enjeux pour les universités à l’international, et comment ces enjeux vont-ils orienter votre mandat ?

L’université est au cœur des enjeux géopolitiques contemporains.

Tout d’abord, dans le domaine de ce que l’on nomme la francophonie - rappelons qu’il existe des communautés francophones sur les 5 continents- , les universités francophones constituent des partenaires essentiels pour les universités françaises et un atout indéniable de notre rayonnement à l’international. Un enjeu majeur, en matière de mobilité étudiante, consiste à formaliser davantage d’accords bilatéraux, pour mieux encadrer les parcours de formation et permettre aux établissements comme le nôtre de construire une réelle politique d’accueil, sans frais différenciés. Pour cela, nous devons nous saisir des outils existants, par exemple l’Agence française de développement, notamment à travers son programme « Partenariats avec l’enseignement supérieur africain ».

En Amérique du Nord et notamment aux États-Unis, l’alternance politique ouvre aussi de nouvelles perspectives, notamment en termes de partenariat de recherche, pour lesquelles l’université française doit être force d’impulsion et de proposition. La présidence de Joe Biden ayant décidé de réintégrer l’accord de Paris sur le climat, c’est un dialogue interrompu qui va être renoué et favorisera, sans nul doute, les collaborations des chercheuses et des chercheurs autour de la lutte contre le réchauffement climatique.

En Europe, le déploiement des projets des universités européennes labellisées, qui occupent désormais une place de tout premier ordre, devront faire l’objet de toute notre attention car elles peuvent fortement aider à la structuration des partenariats dont je parlais plus haut. Pour rappel, l’UT2J est actuellement partie prenante d’Universeh, université européenne autour du thème de « l’espace ». Autre sujet d’actualité lié à l’Europe : le Brexit et la sortie du Royaume-Uni du programme Erasmus+, qui vont nous amener indubitablement à repenser les modalités d’échange et de collaboration avec les universités britanniques.

Je finirai par l’Amérique latine, une zone géographique, que je connais assez bien en raison de mon parcours universitaire d’hispaniste. La forte demande actuelle de coopérations en provenance des pays d’Amérique latine devra retenir toute l’attention de la CORIE. L’objectif, ici encore, sera d’accompagner les établissements français d’enseignement supérieur et de recherche dans le développement et la mise en œuvre de leurs stratégies de développement international en étant éclairés par l’actualité des contextes respectifs. Ici, la commission réalisera une veille spécifique, qu’elle mettra à disposition de ses membres.

Ces quatre grands enjeux constituent la feuille de route que j’ai proposée à la CPU.

Quels sont les atouts des universités françaises à l’international ? Comment continuer à être attractives, malgré un contexte incertain marqué par le risque pandémique ?

Aujourd’hui, nous accueillons 350 000 étudiant·e·s internationaux·ales en France. En 2021, le paysage est très contrasté entre le déploiement du label « Bienvenue en France », censé encourager l’accueil et, a contrario, une épidémie qui rend difficiles les mobilités internationales. Certaines universités ont perdu jusqu’à 30% de leurs effectifs d’étudiant·e·s à l’international, mais ce n’est pas le cas de l’UT2J par exemple, où nous ne connaissons pas de réelle diminution.

Aujourd’hui, la question de l’ouverture ou de la fermeture relève du choix des universités avec des situations très différentes. Pour autant la position de la France a été de continuer à soutenir la mobilité internationale, là où beaucoup de pays ne l’ont pas fait. C’est une position courageuse que je salue et que je porterai également comme présidente de la CORIE. Nous apporterons des outils à ceux qui feront le choix de l’ouverture. Pour cela bien sûr, il faut que nous soyons transparents avec les étudiant·e·s étranger·ère·s, sans fausse promesse, et que nous ayons les moyens de notre politique pour leur proposer un accompagnement de qualité. D’ailleurs parmi les atouts de la France, on peut citer la qualité de l’accueil comme étant une constante.

Notre université a eu une position très claire et porté une voix forte en matière d’indifférenciation des droits d’inscription pour les étudiant.e.s extra-communautaires. En tant que présidente de la CORIE, quelle position défendrez-vous ?

Le principe même de l’autonomie des universités implique de laisser aux universités le choix de leur politique, dans le cadre réglementaire. La CORIE n’est pas légitime pour se substituer aux établissements, en revanche il est important, dans ma perspective, qu’elle puise travailler à garantir la possibilité pour tout établissement qui le souhaite, de construire une politique d’indifférenciation de ces frais. Cela pourrait passer par une renégociation avec l’État du taux d’exonération auquel les universités sont autorisées.

Enfin, dernière question, comment cette nouvelle fonction va pouvoir servir notre établissement ?

Nous avons notre consortium européen, Universeh. Ma fonction de présidente de la CORIE va nous permettre de donner une ampleur à ce consortium en nous appuyant sur une vision très large de l’ensemble des universités européennes en cours d’émergence. À Toulouse, ce chantier coordonné par l’UFTMiP, est animé par la vice-présidente en charge des relations européennes et internationales, Christina Stange-Fayos, avec qui je travaille en étroite collaboration. Le fait que j’aie été élue par mes homologues de la CPU est également une marque de confiance de la communauté des présidentes et présidents à l’égard de l’Université Toulouse - Jean Jaurès, réputée pour son formidable rayonnement international.