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Autisme : quand une chercheuse se penche sur l’inclusion scolaire

Publié le 15 mai 2019 Mis à jour le 15 mai 2019

Morgane Aubineau, spécialiste des neurosciences et lauréate 2018 du prix de thèse de la MSHS-T, a donné la parole aux élèves du secondaire français et québécois quant à leur vécu, leur perception de l’école et leur estime de soi.

Diplômée en sciences de la santé de Bordeaux et de Paul Sabatier, c’est l’attrait pour les neurosciences, l’intelligence humaine et les fonctionnements cérébraux atypiques, qui a conduit Morgane Aubineau, docteure UT2J (école doctorale Clesco/laboratoire Cerpps) à s’intéresser à l’autisme.

C’est après un DIU (Diplôme inter-universitaire) sur la question, deux ans au Québec où elle débute son doctorat en psychoéducation qu’elle abandonne car la thématique ne lui convient pas, et un passage sur le terrain au Pérou où elle effectue un volontariat, qu’elle s’inscrit finalement en doctorat à l’UT2J, thèse qu’elle termine en novembre 2017.

Elle a gardé, de son passage au Québec, des contacts dans le milieu scientifique, parmi les parents d’élèves ou les experts de l’autisme, notamment en milieu scolaire. La littérature scientifique dans le domaine de l’inclusion y est plus abondante qu’en France.

Sa thèse porte donc sur l’inclusion scolaire au Québec et en France des élèves autistes. Elle a interrogé 26 enfants, 17 en France et 9 au Québec entre 13 et 17 ans en 4ème et 3ème, une période charnière en termes d’orientation. Et Morgane Aubineau de rajouter : « J’ai pris le parti de les considérer comme des experts et coproducteurs de la connaissance. Je pense qu’il est important de sortir du paradigme déficitaire pour adopter celui de la neurodiversité. »

Entre la France et le Québec, des différences existent. Alors qu’en France, la moitié des jeunes bénéficiaient des services d’un auxiliaire de vie scolaire, entre 12 et 24h par semaine, au Québec la moitié recevaient une aide humaine, en moyenne 30 minutes par semaine et à l’extérieur de la classe.

Malgré tout, les perceptions et les vécus sont similaires chez ces jeunes.

Indépendamment de la nationalité, on peut distinguer plusieurs groupes, notamment : ceux faisant partie des têtes de classe - et intégrés ou non dans des filières sélectives – et pratiquant de nombreuses d’activités, ceux qui ne s’estiment pas particulièrement sur le plan scolaire mais qui sont socialement bien intégrés et satisfaits, les très bons élèves mais socialement en retrait et un dernier petit groupe dans lequel les adolescents se sentent en difficulté d’un point de vue autant scolaire que social.

Ce qui peut freiner inclusion scolaire ? La gestion des aspects sensoriels, notamment la gêne auditive, le comportement jugé immature de leurs pairs (incluant l’intimidation) et la fatigue liée à charge de travail importante.

À l’inverse, la participation à un programme d’études internationales, le fait d’être guidé par une passion et la présence d’un ami dans l’établissement, ou mieux dans la classe, sont jugés particulièrement aidants.

On ne vit pas mieux l’école ici ou là-bas, même si l’autisme est mieux connu Outre-Atlantique. Au Québec, les élèves sont généralement plus au courant des moyens existants à leur disposition, notamment pour éviter le bruit, un des facteurs de stress principaux chez les autistes.

Chacun des deux pays a accès à des services publics et privés mais dans l’échantillon étudié par Morgane Aubineau, la majorité des services reçus en France viennent du privé (et ils ont davantage d’heures par semaine) alors que la majorité des services reçus par les jeunes québécois de l’étude viennent de structures publiques.


« En tous les cas, il me semble indispensable de leur donner la parole, car ils sont, comme le mentionne Speraw, les plus experts et les plus capables de dire ce que ça fait que d’être eux », explique Morgane Aubineau, désireuse que l’on sorte de la vision de l’autisme en termes de pathologie.

Et de rajouter : « Je préfère le terme « condition » (du spectre de l’autisme) à celui de « trouble » du spectre de l’autisme. Ces élèves sont une vraie plus-value. Nous devons leur donner la chance de se réaliser et de s’épanouir, d’avoir la maîtrise de leur propre vie, de choisir, eux pour qui on décide souvent à leur place. ».

L’objectif final de ces observations est d’agir pour améliorer le quotidien de ces élèves afin qu’ils disposent des mêmes opportunités d’apprentissage, d’éducation et d’orientation.

Cette thèse, avec la collaboration de plusieurs chercheurs (un à Lyon, une au Québec) et de Marie Marfaing, étudiante en Master à l’UT2J travaillant sur l’analyse des entretiens des parents (non analysés dans la thèse), va donner lieu à la création d’un guide de recommandations pour les acteurs de l’inclusion scolaire (jeunes, familles, enseignants, personnel paramédical etc.), actuellement en cours d’élaboration.

Consulter un résumé des premières recommandations.

La thèse ainsi que les articles issus de ce travail doctoral sont consultables et accessibles sur sa page ResearchGate

Pour toute information, vous pouvez la contacter par courriel Morgane Aubineau