Une première réussie pour la Compagnie Babel

Publié le 9 mars 2020 Mis à jour le 11 mars 2020

Née à l’UT2J il y a quelques mois, Babel est l’unique compagnie de théâtre universitaire en langue des signes de Toulouse. Elle vient de jouer avec succès sa première pièce adaptée en LSF dans le cadre d’Universcènes.

Les comédien.ne.s aux côtés d'Ariane Cousin et Alexandre Bernhardt

Les comédien.ne.s aux côtés d'Ariane Cousin et Alexandre Bernhardt

La salle de la Fabrique est comble pour la clôture du festival Universcènes. Sur les gradins, plusieurs classes de collégiens ont pris place. Parmi eux, les élèves sourds du collège Malraux de Ramonville. Des étudiants aussi. En coulisses, la tension monte. Les mains sont moites. C’est la première du Chat Noir d’Edgar Allan Poe pour les comédien.ne.s de la Compagnie Babel. Un texte qu’ils vont jouer entièrement en langue des signes. Née fin 2019, la toute jeune Babel est de fait, la première compagnie théâtrale universitaire de Toulouse jouant en langue des signes française (LSF). Une première aussi pour le festival Universcènes.

La création de la compagnie a été décidée pour renforcer le cursus des étudiants en Licence 3 du Centre de traduction, d’interprétation et de médiation linguistique (CeTIM) de l’Université Toulouse - Jean Jaurès : « Les élèves doivent savoir diffuser un message et être capable d’adapter un texte, une dramaturgie en langue des signes » explique le directeur de la compagnie, Alexandre Bernhardt, lui-même comédien et formateur en théâtre* « Cette compagnie n’est donc pas du tout optionnelle ! ». Les 15 membres de la compagnie sont étudiants en troisième année. Tous savent donc parfaitement signer. Pourtant, seuls quatre sont sourds. Mais ils parlent la même langue. « Vous avez vu comme c’est beau de signer ? » s’exclame l’une des comédiennes bilingues à la fin du spectacle lors d’un échange en bord de scène avec le public. « Je suis fière de moi. Se produire devant un public, en plus en langue des signes, je suis très fière », témoigne une autre. « Cette compagnie, c’est une aventure humaine, ça nous a soudé » renchérit une troisième.

Sur scène, aucun décor. Les quinze comédiens, tous vêtus d’une salopette rouge, interprètent un seul et même personnage dans sa lente descente vers la cruauté et la folie. La voix off du metteur en scène en narrateur permet aux non-signants de suivre le récit. « La langue des signes au théâtre, c’est un dosage. Il y a des gens qui sont trop expressifs, d’autres au contraire pas assez. D’une manière générale, sur scène il faut que ce soit plus ample et plus lent. Exactement comme en langue parlée finalement » explique le metteur en scène Alexandre Bernhardt. Edgar Allan Poe n’est toutefois pas un auteur facile, mais Alexandre Bernhardt n’a pas peur de s’attaquer à un répertoire varié : « Avec Martin Cros (comédien, metteur en scène, formateur en théâtre) on a monté le DU Arts du spectacle visuel en LSF à l’Université Toulouse - Jean Jaurès, mais cela faisait déjà 5 ans qu’on avait un atelier théâtre en langue des signes avec des comédiens amateurs, dans lequel on a joué tous les auteurs : Molière, Ionesco, Marivaux, Alfred de Musset, Tennessee Williams, Bertolt Brecht, William Shakespeare, Carlo Goldoni… Oui on peut faire du répertoire en LSF, c’est simplement traduit d’une certaine façon. »

Pour Le chat noir, nouvelle fantastique d’Edgar Allan Poe, le travail de traduction vers la langue des signes a été confié à Ariane Cousin, traductrice sourde, également membre de la compagnie, spécialisée en milieu théâtral. Enfin, Delphine Saint Raymond, comédienne sourde, fut chargée de l'adaptation pour la scène de la langue des signes. « La contrainte que l’on peut rencontrer dans le théâtre en langue des signes est qu’il y a des sourds qui ne lisent pas. Ensuite, il y a la temporalité et la contextualité de la LSF. La langue des signes peut être comparée aux idéogrammes chinois. Si on doit les traduire, cela impose certaines difficultés » précise Alexandre Bernhardt. La grâce des gestes, l’expression des émotions, sur scène en tout cas, le résultat enthousiasme le public de la Fabrique et d’Universcènes. « On a des réglages encore à faire, tempère Alexandre Bernhardt, mais j’espère que ça va continuer. » Nous aussi. Vivement la saison prochaine !

*Alexandre Bernhardt est comédien, metteur en scène, formateur en théâtre et l’un des responsables pédagogiques du DU Arts du spectacle visuel en LSF à l’Université Toulouse - Jean Jaurès.

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