Aline Wiame, lauréate d’une chaire médiation scientifique de l’IUF 2023. Bravo !

Publié le 23 juin 2023 Mis à jour le 27 juin 2023

De la recherche-création à l’action, moyens de lutte contre la sidération

Maitresse de conférences en arts et philosophie à l’UT2J depuis 2017, Aline Wiame est une chercheuse passionnée, passionnante et engagée.

Après des études de philosophie et en études théâtrales, elle lie ces 2 entités dans une thèse soutenue en 2012 à l’Université libre de Bruxelles sur les liens entre théâtre et philosophie. Ce travail viendra défendre le théâtre comme un mode de pensée propre qui vient interpeler celui de la philosophie, en mettant en contact dramaturges et philosophes à travers le prisme du jeu d’acteurs, par exemple.

Par la suite, sa recherche évolue, nourrie et influencée par différentes expériences universitaires. Chercheuse associée du Groupe d'études constructivistes de Bruxelles, elle y cultive le goût du travail collectif et de la slow science, aux côtés notamment d’Isabelle Stengers. Aline Wiame travaille aussi avec son collègue Didier Debaise sur le projet ERC obtenu par Bruno Latour « Enquête sur les modes d'existence » s’interrogeant sur le rôle de la philosophie et des arts face aux catastrophes climatiques et écologiques. Un questionnement qui anime encore actuellement ses recherches.

En effet, ses travaux font dialoguer des propositions artistiques, philosophiques et conceptuelles. Véritable Deleuzienne, elle pratique la philosophie comme une discipline créatrice, pour elle le rôle du philosophe n'est pas de décrire le monde tel qu'il est mais les concepts permettent d'ajouter de la nouveauté au monde.

La philosophie est un constructivisme, et le constructivisme a deux aspects complémentaires qui diffèrent en nature: créer des concepts et tracer un plan. Gilles Deleuze


Ne concevant la recherche que si elle est collective, Aline Wiame échange en permanence avec des collègues universitaires de différentes disciplines mais aussi avec des artistes et artistes-chercheurs. A travers leur rencontre, des idées naissent, évoluent, se transforment.

Redonner aux citoyens les moyens d’agir

Intitulé « Résister à la sidération : apports de l’esthétique philosophique aux humanités écologiques », le projet lauréat de la chaire médiation scientifique de l’IUF, porté par Aline Wiame, est à la fois actuel et essentiel.

Le dérèglement climatique est là. En plus des conséquences matérielles directes connues (sècheresse, inondations…), il y a aussi les effets au niveau de l’écologie mentale (nos subjectivités, nos affects), pour reprendre un terme de Félix Guattari. Le projet fait alors l’hypothèse que le manque de réaction de la population, malgré les différents signaux d’alerte, vient de la dimension globale – immense donc insaisissable - de ce qui nous est décrit pour notre futur. On ne peut être que sidéré, voire fasciné, devant l’ampleur du phénomène, ciment de notre incapacité à agir.
Face à cela, le projet d’Aline Wiame émet le postulat que des outils issus des pratiques artistiques et de la philosophie sont à mobiliser pour résister à cette sidération et se rendre de nouveau sensible. Ils permettraient d’accompagner nos regards pour s’éloigner du niveau global et revenir à l’échelle de nos territoires, aux piliers précis de la vie de chaque individu.

Il convient pour cela d’identifier ce qui nous est essentiel, et propre à chacun, ce qui le menace afin de retrouver une puissance d’agir en se retrouvant capable et sensible.

La recherche-création, déjà dans l’action

De récentes enquêtes ont montré les mutations déjà opérées par la pratique artistique face aux exigences des situations écologiques et climatiques. Cette pratique nouvelle, empreinte de subjectivité et d’affect, et le regard que la philosophie porte sur elle sont le terreau fertile des outils de résistance à la sidération.
Ainsi, associée à sa recherche personnelle en philosophie, Aline Wiame entend bien donner à ce projet IUF une coloration collective en s’associant avec des artistes-chercheurs, pour l’ouvrir à ce riche point de vue artistique, via l’organisation de workshops notamment. Des contacts ont déjà été noués avec des artistes-chercheurs bruxellois et des doctorants du séminaire structurant de recherche création de l’école doctorale ALLPH@, dont Aline Wiame est co-coordinatrice, qui défend la recherche-création faite par l’art comme étant une véritable recherche universitaire.

Universitaires et citoyens, tous concernés

Face à l’ampleur de la situation, les citoyens seront aussi partie prenante du projet, via son volet médiation scientifique.
Pour cela, Aline Wiame travaillera avec le Collectif arts-sciences Rivage (Bordeaux)  pour proposer à Toulouse des ateliers du dispositif d’enquête citoyenne « Où atterrir ? ».

Nul autre que le citoyen n’est en mesure d’explorer et de décrire ce à quoi il est réellement attaché. Et sans cette auto- description, point de compréhension réelle du territoire vécu. Bruno Latour

Mis en place pendant le confinement par Bruno Latour, ce dispositif propose d’accompagner chaque citoyen, dans un processus d’enquête personnelle, de cartographie de son territoire et de description de ses propres conditions d’existence, afin d’être à nouveau capable d’articulation et d’action. L’originalité des ateliers, menés par des artistes de théâtre, tient à la diversité et à la complémentarité des approches qui, à la fois, stimulent l’enquête menée par chacun, mais permet également de partager, de façon collective et créative, les descriptions produites.
Les arts proposent alors aux participants de poser un nouveau regard sur le territoire pour y apercevoir des leviers d’action.
Ouvert à tous, ce dispositif pourrait être proposé dès l’automne 2023 au Quai des Savoirs de Toulouse.

Consciente de la chance que représente le soutien de l’IUF dans une carrière, Aline Wiame n’entendait que le fait qu’il profite au plus grand nombre. Ce projet en est la preuve.


Crédits photo :
© S. Chastanet, OMP. Photo réalisée dans le cadre de la série de portraits "Les 2 font la paire" du média Exploreur de l'Université de Toulouse (globe)
© Collectif Rivage (affiche)