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Focus sur le projet CLASS, au carrefour entre acquisition langagière et appropriation culturelle

Publié le 12 avril 2023 Mis à jour le 12 avril 2023

Un projet mené au laboratoire LNPL en collaboration avec le laboratoire LCPI pour s’interroger sur le rôle de la sensibilité interculturelle dans le développement conceptuel et langagier d’une population encore trop peu étudiée, les apprenants syriens

Derrière le projet CLASS*, une riche équipe multidisciplinaire

Le projet CLASS prend racine dans un ancien projet financé par la Région entre 2018 et 2022, le projet SOFRA. Ce dernier explorait la façon dont les réfugiés syriens apprenaient le français et s’adaptaient au contexte et à l’environnement de la société d’accueil.
Cette riche étude exploratoire a généré des résultats mais aussi des nombreuses interrogations sur la pratique même de l’enseignement en Français Langue Étrangère. Si bien que linguistes et psychologues ont eu envie de poursuivre leur collaboration et les questionnements initiés.

Ainsi né le projet CLASS. Véritablement multidisciplinaire, il se propose d’examiner les liens entre le développement de la sensibilité interculturelle et la restructuration du système conceptuel de l’apprenant d’une langue seconde en contexte migratoire telle qu’elle se manifeste au niveau du lexique, de la compréhension et du traitement des expressions figurées, de la conceptualisation des événements et de la construction du récit. Le projet s’intéresse tout particulièrement aux apprenants arabophones réfugiés ou demandeurs d’asile syriens du français langue seconde. Cela donnera ainsi un aperçu plus complet de leur parcours d’apprenants, de leur insertion dans la société d’accueil, de la socialisation et de l’interculturation en cours.

Lancée en 2021, toute l’étude est coordonnée par Inès Saddour, maître de conférences en sciences du langage au laboratoire LNPL, spécialisée dans l’étude de l’acquisition langagière par l’apprenant migrant en situation d’exil, arabophone principalement. Elle s’appuie sur l’expertise de 3 autres collègues du laboratoire Cyrille Granget, Jamila Hattouti et Barbara Köpke ainsi que sur celle de collègues psychologues spécialisés en psychologie interculturelle au laboratoire LCPI : Patrick Denoux, Julien Teyssier et Valentin El Sayed.  
 

Originalité, tant dans l’objet d’étude que dans la méthode développée pour l’interroger  

En s’intéressant aux apprenants syriens demandeurs d’asile, le projet met en lumière une population jusqu’alors très peu étudiée en recherche sur l’acquisition des langues et relève le défi d’interroger des individus si, peu visibles, aussi peu accessibles.

Soucieuse de produire un travail étayé et de précieuses données, l’équipe du projet a fait le choix de développer une étude longitudinale en interrogeant la trentaine de sondés lors de 3 entretiens échelonnés sur près de 20 mois. Croisant des aspects socio-culturels au développement langagier et cognitif, la méthodologie développée est multidisciplinaire et novatrice. Le protocole est constitué de plusieurs activités :
- des entretiens réalisés auprès de psychologues, aidés de questionnaires conçus pour évaluer le développement de la sensibilité interculturelle ainsi que la socialisation langagière
- la réalisation de différentes tâches lexicales, métaphorique, de segmentation et de verbalisation, réalisées en français et en arabe syrien. La technologie de l’oculométrie est ici utilisée afin d’analyser le traitement cognitif pendant l’accomplissement des tâches langagières.

Courant jusqu’en février 2025, le projet a obtenu un financement de l’Agence nationale de la recherche de 245 000 €, qui permet le recrutement de personnel dédié au projet, élément essentiel à la bonne tenue de l’étude.
 

Et après ?

Basé sur une approche récente et une méthodologie novatrice, le projet CLASS affiche déjà des résultats préliminaires prometteurs après la première vague d’entretiens, le croisement des différents types de données - linguistiques, non linguistiques, oculométriques – permettant de mieux appréhender la perception et l’interprétation des individus.

Tout en se situant dans le domaine de l’acquisition et de la cognition langagière, il est un bel exemple de collaboration avec des experts en psychologie interculturelle et devrait sans nul doute susciter l’envie de monter de futurs autres projets transverses. Une étude comparative pourrait par exemple être menée à l’échelle européenne sur les Syriens apprenant le français en France et les Syriens apprenant l’allemand en Allemagne afin de comparer le développement langagier de ces apprenants dans différents contextes de socialisation.


* Culture appropriation and Language Acquisition: the role of intercultural Sensitivity in Syrian learners of French