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Rabelais subversif

Publié le 7 juillet 2026 Mis à jour le 7 juillet 2026
du 22 avril 2027 au 23 avril 2027

Colloque international organisé par le laboratoire PLH

Penser le caractère subversif de Rabelais et a fortiori de son oeuvre revient en premier lieu à interroger sa capacité à « renverser » l’ordre établi. C’est du moins ce que laisse entendre l’étymologie latine du terme, composé du préfixe sub- (sous) et de vertere (tourner). Ce renversement peut certes se présenter comme accompli, mais il est aussi un processus agissant, une menace latente. Fortement lié à l’idée de destruction politique à la Renaissance, la subversion signale aussi, plus généralement un trouble, comme l’illustre le doublet synonymique « troubler et soubvertir lestat » de Claude de Seyssel dans sa traduction de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide. Nous faisons le pari que ce trouble politique, appliqué à Rabelais, trouve aussi un prolongement intéressant dans un sens plus abstrait, sans doute légèrement anachronique, désignant alors le détournement d’une pensée dominante et sa mise en crise. Subversion doit ainsi s’entendre ici dans un sens large, en évitant absolument de se dissoudre dans une compréhension trop faible, ouverte à toute forme de tension ou de critique. À cet égard, la subversion est; relationnelle et située : son caractère dangereux et renversant menace quelqu’un ou quelque chose. Elle s’inscrit ainsi dans une relation de pouvoir.

Or, l’oeuvre de Rabelais a régulièrement été perçue comme subversive ; selon les contextes et souvent pour des raisons différentes. Peu menaçante pour la monarchie française, à laquelle elle se montre globalement loyale, elle fait peser, dès sa parution, un danger beaucoup plus grand sur les différents partis religieux. Il ne s’agit pas de contester en bloc les travaux de Lucien Febvre et, dans son sillage, de Screech, Duval, Defaux et Le Cadet, sur l’évangélisme rabelaisien, bien au contraire.

De fait, les études de réception ont montré que catholiques comme protestants dénonçaient, déjà du vivant de Rabelais, le potentiel destructeur des Livres pantagruéliques pour la foi de leurs lecteurs. Calvin, Postel, Puy Herbault, Robert Estienne, puis son fils, Charles, signalaient non seulement la moralité douteuse de Rabelais, mais aussi le danger que constitue la lecture des Livres pantagruéliques (De Grève, 1961). Après la mort de Rabelais, la légende de l’épicurien – hérétique ou athée – se perpétue, notamment sous la plume agressive et influente du Père Garasse, renouvelant l’intérêt que portent les « libertins » à l’oeuvre de maître François. Sur la subversion morale et religieuse vient rapidement se greffer une subversion esthétique. Le mauvais goût de Rabelais met en danger la pureté d’une langue française qui s’institutionnalise. Si les griefs imputés à Rabelais s’estompent avec les Lumières et l’émergence d’une République laïque, ils continuent de trouver le moyen de faire écho de façon régulière.

Aujourd’hui, c’est la violence sexuelle, misogyne et spéciste de Rabelais qui interroge et qui semble subversive, comme en témoigne la journée d’étude organisée par l’ « Équipe Philogynie polémique » à l’université de Lille en décembre 2025. Cette persistance du scandale invite à reconsidérer la subversion non comme une propriété stable de l’oeuvre, mais comme un effet relationnel, dépendant des contextes de production, de circulation et de lecture.

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