Université, démocratie, dialogue : le pari du projet international DRU

Publié le 27 mai 2026 Mis à jour le 27 mai 2026

Financée par le programme Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA), cette recherche collaborative réunit partenaires académiques et acteurs de la société civile pour interroger le rôle des universités dans le développement des pratiques démocratiques.

À l’heure où les replis identitaires et les tensions géopolitiques fragilisent les espaces de dialogue, quel rôle les universités peuvent-elles encore jouer dans la défense des valeurs démocratiques ? C’est la question au cœur du projet international DRU (Democratic Roles of Universities), financé par le programme Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA) Staff Exchanges. 

Porté par un consortium international réunissant partenaires académiques et acteurs de la société civile sur trois continents, ce projet de recherche interroge la capacité des universités à renforcer les pratiques démocratiques, à l’intérieur même de leurs institutions comme dans leurs relations avec la société. Au sein du laboratoire CAS, la responsable scientifique du projet est Marie-Agnès Détourbe, professeure des universités en études anglophones à l’INSA Toulouse, engagée depuis de nombreuses années dans des projets collectifs tournés vers l’international. 
 
« Ce qui me motive profondément dans ce projet, ce sont les opportunités de rencontres et de travail collaboratif qu’il crée : découvrir de nouvelles personnes, s’enrichir de leurs expériences, de leurs visions du monde, de leurs pratiques, même si cela implique de sortir de sa zone de confort », confie Marie-Agnès Détourbe.
Un projet européen à la croisée des continents, des disciplines et des sociétés
Lancé en février 2026 pour une durée de quatre ans, le projet DRU rassemble dix partenaires universitaires et six partenaires non universitaires répartis entre l’Europe, l’Afrique du Sud et l’Australie. Porté par une soixantaine de personnes dès son lancement, le projet se distingue par sa dimension interdisciplinaire et intersectorielle : philosophes, sociologues, économistes, linguistes, associations, organisations étudiantes et collectivités s’y croisent pour interroger un même enjeu, dans une démarche résolument collaborative.

Le projet réunit ainsi des contextes très différents : Portugal, Allemagne, Hongrie, Danemark, Italie, Belgique, Afrique du Sud ou Australie. Autant de réalités politiques, sociales et culturelles qui permettent de comparer les façons dont les universités assument — jusqu’à réinventer parfois — leur rôle démocratique.
Dans les pratiques d’enseignement, les modes de gouvernance, la recherche, les politiques institutionnelles ou encore les relations avec les communautés locales, les acteurs du projet souhaitent analyser ce qui favorise concrètement l’inclusion, la participation et l’ouverture.

Il s’agit d’abord d’observer : recueillir, comparer, comprendre les pratiques et leurs contextes ; puis d’expérimenter : concevoir des études de cas et identifier des critères d’évaluation du caractère démocratique de certaines actions ; enfin de partager ces résultats avec les décideurs publics, dans un esprit de co-construction et de diffusion des bonnes pratiques. Au final, l’enjeu est de mieux comprendre et de régénérer le rôle démocratique des universités.
Un dialogue vibrant entre université et société
L’originalité du projet DRU tient à son approche : travailler avec et pour la société. Le consortium ne se limite pas au monde académique ; il inclut des organisations étudiantes comme European Student Network et Global Student Forum, des associations telles que Transparency International Hungary ou encore des structures locales engagées dans l’insertion et l’innovation, comme UPTEC à Porto.

Doté d’un financement de 1,6 million d’euros, le projet consacre près de 95 % de son budget aux mobilités internationales des personnels universitaires et non universitaires. Un choix rare, qui traduit l’importance accordée aux échanges directs.
 
« Les rencontres sont vraiment au cœur du projet. Ces mobilités – intellectuelles, culturelles, humaines – ont pour objectif de favoriser la fertilisation croisée des idées en faisant voyager les personnes autant que les savoirs et les idées » souligne la chercheuse.

Ce maillage international permet d’instaurer un dialogue régulier entre acteurs universitaires et non-universitaires, de découvrir d’autres pratiques professionnelles, de partager leurs expériences et de construire des collaborations durables. Un véritable pari à l’heure où les tensions géopolitiques et environnementales compliquent les déplacements, mais aussi une réponse au besoin de maintenir la circulation libre des idées face aux tentations de repli.

Cette ouverture fait écho au parcours même de la chercheuse, engagée depuis de nombreuses années dans les questions d’accès à l’enseignement supérieur, pour les publics réfugiés. Ses travaux portent notamment sur le concept d’hospitalité dans une perspective comparative internationale.
Pour elle, la recherche ne peut être dissociée des relations humaines qu’elle produit. 
Un projet plus qu’un programme : un engagement
Au-delà des résultats scientifiques attendus, le projet DRU cherche ainsi à installer dans la durée de nouvelles façons de travailler ensemble, fondées sur la co-construction, le dialogue et l’écoute mutuelle. Dans un moment où le monde semble se fragmenter, ce projet rappelle qu’élargir la rencontre, c’est aussi préserver la démocratie.


 

Une première mobilité placée sous le signe de la rencontre

 Marie-Agnès Détourbe, Eleana Sanchez et Hilary Sanders, trois enseignantes-chercheuses du laboratoire CAS ont inauguré les mobilités du projet au printemps, lors d’un séjour d’une quinzaine de jours au Portugal : deux accueillies par UPTEC et une à l’Université de Porto, coordinatrice du consortium.
Ces premières immersions ont été marquées par de riches échanges autour des expertises de chacun, de formations partagées sur des outils de travail communs (comme Zotero), mais aussi par une forte imprégnation culturelle — notamment lors de la célébration du 25 avril, date anniversaire de la Révolution des Œillets.
Pour Marie-Agnès Détourbe, ces expériences dépassent largement le cadre académique : elles permettent aux chercheurs — notamment les plus jeunes — d’entrer dans des réseaux européens et internationaux certes mais aussi de découvrir d’autres manières de travailler et de collaborer.